Au cœur des terrasses de Mu Cang Chai, le chef d’œuvre vertical des Hmong. Les terrasses de riz structurent la vie,les agendas, les horloges, les événements

Les traditions locales datent la construction des rizières se La Pan Tan, entre le XVI et le XVIIe siècle à l’arrivée du peuple Hmong, qui représente encore plus de 90% de la population locale. Alors que les plaines fertiles étaient déjà occupées par d’autres ethnies, les Hmongs ont du faire preuve d’ingéniosité pour survivre en altitude.

Plusieurs siècles ont été nécessaires pour façonner ce paysage. Les domaines familiaux se sont agrandis au rythme de quelques mètres de terrasse chaque année à coup de pioche et de taille au couteau à main. Ils ont élaboré des systèmes d’irrigation en bambou et en rigoles creusés à flanc de falaise pour capter l’eau des sources des sommets. Certains sont encore opérationnels aujuord’hui. Lors de la saison de la récolte, lorsque le vent souffle dans la vallée, le riz ondule sur les gradins. Le paysage ressemble alors à une mer déchainée aux vagues dorées figées dans la roche.

Des stades de maturite différents teintent les rizières

Bien qu’il n’y ait qu’une seule récolte principale de riz à Mu Cang chai, toutes les parcelles ne sont pas plantées exactement le même jour. L’eau s’écoule du sommet vers le bas de la montagne, ce qui décale le travail de chaque terrasse.

Le vert intense des cultures tardives en pleine croissance en plein captage de chlorophylle, au vert doré des plans plus matures en début de transition, les nuances colorées illuminent le paysage sur des milliers d’hectares. Les terrasses les plus claires seront les premières récoltées. 

La croissance du riz

Sur cette photo prises fin septembre, les pousses de riz se trouvent phase terminale de reproduction et au tout début de la phase de maturation, plus précisément au stade de grain laiteux à pâteux léger.

 

Ce stade de maturation est identifiable 

  • A la courbure des panicules

Au moment de la floraison, les panicules (grappes de graines) pointent vers le ciel. Sur l’image, les panicules commencent nettement à s’alourdir et à se coucher vers le bas. Cela indique que la fécondation a eu lieu et que les grains sont en train de se remplir de matière.

  • La couleur des grains

Les épillets sont encore majoritairement verts avec de légères nuances vert-jaune paille qui commencent à apparaître à la pointe des panicules les plus avancées. Les grains contiennent à ce moment un liquide blanc riche en amidon (stade laiteux) qui commence tout juste à se solidifier.

  • L’état du feuillage :

Les feuilles de la plante (notamment la feuille drapeau tout en haut) sont encore parfaitement vertes et dressées, ce qui prouve que la plante est en pleine activité de photosynthèse pour nourrir les grains et n’a pas encore entama sa sénescence (le dessèchement jaune doré qui précède immédiatement la récolte).

Dans environ deux à trois semaines, l’ensemble de la rizière perdra sa couleur verte, elle deviendra dorée et atteindra sa pleine maturité pour la récolte.

Le maïs constitue une ressource agricole essentielle pour les populations de montagne, servant à la fois de nourriture pour le bétail, de base pour la fabrication de l’alcool de maïs local et de réserve alimentaire pour l’hiver.

Dans les montagnes escarpées, la culture du riz est parfois difficile,

voir impossible. Le maïs est donc devenu le pilier historique de l’alimentation des minorités ethniques comme les Hmongs.

L’usage du maïs dans l’alimentation se décline

autour de spécialités culinaires uniques et d’un mode de conservation très spécifique.

 

Le plat emblématique :

  • Le Mèn Mèn (Maïs vaporeux).

Plat revigorant pour donner de la force aux agriculteurs.

Préparé avec du maïs séché, les grains détachés sont broyés à la main à l’aide d’une meule en pierre traditonnelle pour obtenir une farine fine. Mélangée avec un peu

d’eau, la farine est ensuite pétrie puis cuite à la vapeur à deux reprises dans un grand chaudron.

  • Le Ruou Ngô ou Happy water pour son nom latin !

Eau-de-vie de maïs artisanale. Les grains de maïs sont bouillis, fermentés avec une levure locale à base de plantes forestiéres, puis distillés.

  • Le Thang Co

Indissociable du Ruou Ngô, le Thang Co est un ragout de viande traditionnel, historiquement du cheval mais actuellement aussi de chévre ou de bœuf. La viande est mijotée dans un grand faitout. Ce duo est le symbole de l’hospitalité montagnarde.

  • L’alimentation animale.

Le maïs non utilisé pour le Men Men, est directement utilisé pour nourrir le bétail, porcs noir des montagnes, poulets et buffles). Les variétés de maïs indigéne selectionnées par les fermiers pour l’élevage ont pour qualité de rendre de la viande plus savoureuse et ferme qu’avec des maÏs hybrides.

Un buffle d’eau est ici un animal de compagnie. Indispensables à Mu Cang Chai en raison de la configuration escarpée, étroite et accidentée des terrasses, les engins agricoles sont proscrits. Le buffle garde l’exclusivité, il reste la seule puissante main d’œuvre capable de travailler dans ces conditions.

En terre inondée, ses larges sabots s’écartent pour lui permettre de ne pas s’enfoncer trop profondément et la souplesse de ses articulations lui permettent de pivoter facilement sur les rebords étroits des terrasses. Il retourne la terre en profondeur pour l’aérer et déraciner les mauvaises herbes. Equipé d’un araire en bois ou en fer fixé à son cou par un joug, il avance lentement à mi-cuisse dans la boue.

 

Le hersage

Equipé d’une herse, il casse les mottes de terre pour faire du sol une bouillie prête au repiquage manuel des jeunes pousses de riz une par une.

Pendant la récolte, il devient animal de bât pour la cargaison de lourds sacs de riz fraîchement battu ou les bottes de maïs, depuis les sommets jusqu’aux villages dans la vallée.

Le buffle est un précieux capital, sa possession est signe d’aisance financière pour un foyer de montagne. Il est souvent l’ami des enfants du village qui se chargent de les baigner dans les rivières et de veiller à ce qu’ils ne dévorent pas les précieuses pousses de riz, il est réellement l’ami fidèle des familles qui l’affichent fièrement.

.

Le travail du chanvre sauvage.

Le raboutage des fibres

Après la récolte des tiges de chanvre, l’écorce filandreuse en est séparée sous forme de fines lanières sèches puis les brins sont triés un par un. Les extrémités des fibres sont effilées pour créer un fil continu et régulier. Il sera ensuite enroulé en pelote puis filé sur un rouet avant d’être lavé et blanchi. Le fil de chanvre sera ensuite monté sur un métier à tisser pour fabriquer la toile épaisse et résistante servant à confectionner les célèbres costumes traditionnels comme par exemple les jupes plissées.

Bien qu’elles soient sous la domination des hommes, les femmes occupent une place majoritaire en matière de savoir-faire du tissage du chanvre, de la teinture à l’indigo et la confection de broderies complexes. Chez les Hmongs, Il existe plusieurs sous-groupes, Hmong Noirs, Blancs, Fleuris, verts. Chacun se distingue par ses vêtements entièrement confectionnés à la main par les femmes.

C’est grâce à elles que l’identité de l’ethnie perdure à travers l’éducation des enfants, l’apprentissage des motifs de broderies représentatives de l’histoire du peuple, la cuisine et la connaissance pointue des plantes médicinales. Elles participent activement au maintien des rites spirituels animistes* et au culte des ancêtres qui dictent la vie quotidienne sous la dominance masculine des Chamans.

Grace au tourisme les femmes s’émancipent peu à peu. L’apprentissage de l’anglais leur permet d’aller au contact des voyageurs. Elles gagnent leur propre argent. Beaucoup exercent la profession de guide de randonnée ou de marchandes d’artisanat.

Cet autel traditionnel chamanique et ancestral est typique des populations montagnardes du nord du Vietnam comme les Hmongs.

Chaque composant possède une signification animiste et spirituelle précise

Le papier rituel artisanal

L’ensemble du mur est recouvert de feuilles de papier beige.

Le symbole

Ce papier artisanal est souvent conçu à base de bambou ou de mûrier, il représente la monnaie spirituelle, la fortune et le lien materiel avec l’au-delà. Ce décor a pour rôle d’honorer les esprits et à apporter la prospérité au foyer.

Les carrés et bandes de couleurs rouge et jaune

Dans l’animisme asiatique, le rouge incarne la vie, la force vitale (le feu) et la protection contre les forces du mal. Le jaune ou l’or symbolise la royauté spirituelle, la lumière et la richesse matérielle comme spirituelle.

Les bols d’encens au centre de l’autel

Sur la rangée du milieu, sont alignés plusieurs bols remplis de bâtonnets d’encens consumés.

La fumée d’encens sert de canal de communication direct pour inviter les ancêtres et les esprits protecteurs à descendre parmi les vivants.

Les coupelles blanches disposées juste devant contiennent de l’eau pure, de l’alcool ou du riz, symbolisant la subsistance, la gratitude et le respect de la famille envers ses gardiens invisibles.

 

ANIMISME

 

Tout est sacré

L’animisme est une croyance religieuse et spirituelle selon laquelle la nature est habitée par des esprits ou des forces animées. Le mot est issu du latin « anima » qui signifie « âme » ou « souffle ». Les animaux, les plantes et tous les éléments d’apparence inanimée, comme les pierres, les riviéres, les montagnes, le vent ou le feu, ont un esprit et une volonté propre.

 

Le culte des ancêtres

Les morts ne disparaissent pas. Leurs esprits restent invisibles mais présents parmi les vivants. Ils protègent les familles ou les sanctionnent en cas de manquement aux traditions. 

 

L’harmonie avec la nature

L’être humain n’est pas maître sur terre. La permission des esprits est souvent nécessaire pour couper un arbre, tuer un animal pour se nourrir , puiser de l’eau…. Un rituel ou une offrande sont pratiqués à cet effet.

 

Le chaman guérisseur

D’humeurs changeantes, les esprits peuvent être bienveillants ou colériques dans quels cas ils ont le pouvoir de provoquer des maladies ou de mauvaises récoltes. Le recours aux Chamans, sorciers, ou chefs spirituels est alors nécessaire. Il entre en transe pour communiquer avec les esprits, il est l’intermédiaire pour interpréter les signes et rétablir l’équilibre.